Mercredi 28 mai 2014
Monsieur le Président de la République,
Vous venez d’autoriser l’exploration et l’exploitation du gaz
de schiste sur le territoire de notre pays à tous, l’Algérie. Nous
avez-vous consultés, nous les citoyens, avant de prendre une décision
aussi grave ?
Avez-vous, ne serait-ce que pour la forme, consulté la
représentation nationale ? Sachant à quel point vous et le régime dont
vous êtes la façade avez travesti les règles de la démocratie dans notre
pays, vous auriez probablement obtenu l’accord quasi-unanime de ceux
qui sont censés nous représenter. Cela nous aurait cependant permis de
repérer les quelques courageux qui auraient osé vous dire, non.
Savez-vous ce qu’est le gaz de schiste, Monsieur le Président ?
Savez-vous comment l’on procède pour extraire ce gaz de la roche qui le
contient ? Savez-vous quels sont les dangers encourus lors de
l’extraction ? Savez-vous de quelles réserves l’Algérie dispose-t-elle ?
Savez-vous qu’elles seront les retombées financières sur le pays, une
fois l’exploitation entamée ? Savez-vous quelles décisions ont été
prises en la matière par d’autres pays, censés disposer de réserves
importantes de cette ressource ?
Vous souvenez-vous, Monsieur le Président, de l’ardoise que
vous transportiez dans votre cartable d’écolier ? Imaginez plusieurs
ardoises collées les unes aux autres jusqu’à constituer une couche
épaisse de quelques dizaines de mètres située à deux ou trois mille
mètres sous terre. La roche ainsi constituée s’appelle schiste.
(D’autres roches identiques à l’ardoise de par leur consistance et leur
dureté s’appellent également schiste. Ce sont celles-ci surtout qui sont
présentes au Sahara, mais j’ai choisi l’ardoise car elle plus parlante
pour le commun des mortels.) A l’intérieur de cette roche se trouvent
des milliards de micropores, voire de nanopores qui contiennent du gaz :
c’est le gaz de schiste. Vous est-il arrivé, Monsieur le Président, de
faire tomber votre ardoise sur le chemin de l’école ? Pouviez-vous dire,
à l’avance, si elle allait se briser en deux, trois ou plusieurs
morceaux ? Et quelles seraient la taille et la forme de ces morceaux ?
Bien évidemment, non. Afin de produire le gaz contenu dans cette roche
très peu poreuse, on doit le libérer en provoquant par des techniques
particulières un phénomène identique, on doit faire éclater la roche ;
en jargon du métier on dit que l’on doit procéder à la fracturation du
schiste. Tout comme dans l’exemple de l’ardoise qui se brise, on est
dans l’incapacité de dire quel en sera le résultat, mais aussi et
surtout, on ne pourra prédire jusqu’à quelle profondeur s’étendra la
fracturation. L’opération est d’autant plus incontrôlable qu’elle se
déroule dans les entrailles de la terre. On ne sait donc pas si seule la
couche de schiste a été fracturée, tout comme on ne sait pas si, ce
faisant, les fissures que l’on a créées ne sont pas devenues autant de
canaux de communication vers d’autres couches plus poreuses situées
au-dessus ou au-dessous de la couche porteuse. C’est malheureusement ce
qui arrive dans la très grande majorité des cas car, sachez Monsieur le
Président, que pour extraire le gaz de schiste, on doit pénétrer cette
couche par un forage dit horizontal et procéder de proche en proche au
plus grand nombre possible de fracturations qui peuvent alors atteindre
d’autres niveaux. La fracturation en elle-même se fait par injection à
très haute pression d’eau à laquelle on a additionné du sable et des
composants chimiques extrêmement nocifs pour la santé des hommes et des
animaux, mais aussi pour la végétation ; en effet, certains sont
radioactifs, tandis que d’autres sont cancérigènes. Les quantités d’eau
utilisées sont de l’ordre de quelques dizaines de milliers de mètres
cubes par forage, ce qui est une quantité énorme, vu la rareté de cette
denrée précieuse dans les zones arides sahariennes.
De retour à la surface après usage, ce mélange eau-produits
chimiques est généralement jeté dans la nature. Comme vous le voyez,
Monsieur le Président, on a là un énorme gaspillage d’eau, qui
s’infiltrera dans le sol, entrainant sa pollution avec elle et laissant
derrière elle d’immenses décharges de produits chimiques. Je dois donc
vous dire, Monsieur le Président, que si vous maintenez votre décision,
l’Histoire retiendra que vous aurez semé la mort pour plusieurs
décennies dans toutes les zones sur lesquelles auront travaillé les
compagnies que votre gouvernement aura agrées ; et que vous aurez traité
votre peuple de la même manière que l’a traité la puissance
colonisatrice dans les années 1960, en procédant à des essais nucléaires
au Sahara. Et ce n’est pas tout. L’eau polluée par les composants
chimiques qu’elle contient, injectée sous très haute pression, pénètrera
à travers les fractures qu’elle aura créées dans d’autres couches plus
perméables et plus poreuses puis migrera probablement vers les trois
grandes zones aquifères présentes dans le sous-sol saharien, dont la
couche albienne notamment qui contient – je ne sais si vous le savez –
des milliers de milliards de mètres cubes d’eau accumulés durant des
siècles. C’est cela le plus grand risque que votre décision fait courir à
la plus importante richesse que recèle le Sahara. L’Histoire a déjà
enregistré que vous et le système que vous représentez avez privé la
génération actuelle d’Algériens du bien-être que leur aurait procuré la
manne pétrolière du pays en bradant ses ressources en hydrocarbures (1)
afin de satisfaire les appétits des majors pétroliers, américains
notamment, dans le but affiché de vous acheter des alliances, mais aussi
celui de gonfler les comptes en banque de vos proches et des mafieux
qui vous entourent. De même, qu’elle retiendra que, pour les mêmes
raisons vous aurez également privé les générations futures de l’eau,
source de la vie. Comment peut-on qualifier cela, Monsieur le
Président ? Non-assistance à personne en danger ? Crime contre
l’Humanité ? Je vous laisse le choix du qualificatif. Ce n’est pas parce
que vous avez donné comme instruction, lors du conseil des ministres du
21 mai 2014 qui a entériné la décision « de veiller à ce que la
prospection, et plus tard l’exploitation des hydrocarbures schisteux
soient menés en permanence avec le souci de préserver les ressources
hydriques et de protéger l’environnement » que vous vous serez délié de
toute responsabilité en la matière. Car, plus que la corruption que vous
et vos maîtres de l’ombre (2) avez instaurée comme méthode de
gouvernance, plus que la maltraitance et le mépris avec lesquels vous
avez traité votre peuple durant les quinze années de votre règne – et
plus sachant que vous venez d’entamer un quatrième mandat – poussant
notamment la jeunesse de ce pays vers l’exil, y compris sur une
embarcation de fortune avec la mort au bout du voyage, c’est un crime
autrement plus grave que vous allez commettre, Monsieur le Président.
J’espère que vous êtes conscient que l’Histoire retiendra que ce crime
vous est imputable à vous et à vous seul, car eux, vos maîtres de
l’ombre, s’en laveront les mains bien sûr. D’autant plus que vous
n’ignorez pas que les guerres du futur seront des guerres pour l’eau ;
mais cela vous n’en avez cure visiblement, car ce ne seront pas vos
guerres, ni même celles de votre descendance, car vous n’en avez pas. Au
lieu de préserver ce bien précieux pour l’Humanité toute entière et
pour des millions d’Algériens qui ne sont pas encore nés, vous nous
dites : « Après moi le déluge ! »
Monsieur le Président,
Je suppose que l’on vous a dit que l’Algérie était classée en
troisième position dans le monde pour ce qui est des réserves de gaz de
schiste. Sachez que les chiffres qui vous ont été avancés émanent
apparemment de rapports établis par le Secrétariat à l’Energie
américain, dans lesquels il est bien spécifié qu’il s’agit là de
réserves non prouvées, qu’elles seraient de l’ordre de 19 800 milliards
de mètres cubes et qu’elles seraient situées en majorité au sud-est du
Sahara dans une zone de 120 000 kms² environ. Aucune étude sérieuse, ni
aucun travail de recherche sur le terrain ne sont venus, à ce jour,
confirmer la véracité de ces chiffres. La lecture de ces rapports, qui
utilisent tous des verbes déclinés au conditionnel, montre d’ailleurs
bien que ce ne sont là que des estimations grossières, basées sur une
superficie calculée très approximativement – je dirais même
outrageusement gonflée – tout comme le sont les autres éléments
(épaisseurs des couches, porosité, etc.), qui entrent en jeu dans les
calculs. On ne peut par conséquent pas bâtir une politique
d’exploitation, et encore moins prendre des engagements commerciaux sur
la base de chiffres de réserves qui sont loin d’être prouvées, comme
l’ont si bien souligné les auteurs des rapports en question. Ce qui est
par contre toujours constaté dans le domaine du calcul des réserves en
hydrocarbures, c’est que l’on aboutit généralement à des réserves
prouvées 2,3 ou 4 fois inférieures, si ce n’est plus, à celles des
réserves initialement estimées. Le fait que nous soient répétés sur tous
les tons, tant par les responsables de Sonatrach, que par des membres
de votre gouvernement, ou par certains médias algériens, des chiffres
mirobolants de réserves qui flattent l’égo des Algériens, n’en fait pas
pour autant des vérités.
Saviez-vous, Monsieur le Président, que la Chine, que les mêmes
milieux pétroliers américains classent en première position dans le
monde pour ce qui est des réserves non prouvées de gaz de schiste,
qu’ils estiment être de 32 000 milliards de mètres cubes, vient de
signer un méga contrat de livraison de gaz naturel avec la Russie, qui
lui livrera à compter de 2018 et pendant 30 ans des quantités qui iront
crescendo jusqu’à atteindre 38 milliards de mètres cubes par an ?
Pourriez-vous m’expliquer, Monsieur le Président, pourquoi les Chinois
s’engageraient à ce point avec les Russes alors qu’ils disposeraient de
réserves de gaz de schiste équivalentes à 1000 années d’importation
depuis la Russie ? Visiblement les Chinois sont moins enthousiastes que
les Américains sur l’estimation des réserves que recèlerait leur pays,
mais surtout refusent de s’engager dans l’exploitation d’une ressource
qui, dans les limites des connaissances actuelles, est dangereuse pour
l’homme et son environnement, quitte à payer une énorme facture aux
Russes.
Pourriez-vous me dire aussi, Monsieur le Président, pourquoi la
France, qui posséderait elle aussi des réserves importantes de gaz de
schiste, a adopté un moratoire qui en interdit l’exploitation sur le sol
français, tant que la technologie n’aura pas suffisamment évolué et
permettra de protéger le peuple français contre un désastre écologique ?
Quitte à continuer à payer dans ce cas-là aussi d’importantes factures à
la Russie et à l’Algérie. Face à une telle interdiction, le groupe
Total se dit alors : « Si on ne peut pas le faire chez nous, pourquoi
n’utiliserions-nous pas comme laboratoire des pays moins regardants en
la matière, tels que l’Algérie ? » et décida donc de venir polluer notre
Sahara et semer la mort dans notre pays. Puis, au passage, Total
testera de nouvelles techniques, moins polluantes, moins mortelles,
qu’il utilisera en France lorsqu’il les aura mises au point et qu’il
nous vendra très cher ce jour-là. Total n’est pas le seul groupe
pétrolier à vouloir se lancer dans l’aventure du gaz de schiste en
dehors des frontières de son pays. Les majors anglo-saxons en font de
même.
Alors de grâce, Monsieur le Président, évitez à ce pauvre
peuple algérien une nouvelle catastrophe. Ne trouvez-vous pas qu’il a
suffisamment souffert après avoir subi 132 années de colonialisme, après
avoir payé un lourd tribu de quelques centaines de milliers de morts
durant les 7 années et demie de la guerre de libération, après que
200 000 de ses enfants aient laissé leurs vies lors d’une guerre civile
qui ne dit pas son nom, après que votre régime ait décidé d’innocenter
les auteurs de tous bords des atrocités commises durant cette période,
puis enfin après que la Cosa Nostra qui constitue l’ossature de votre
pouvoir ait dépouillé, avec votre bénédiction, ce pauvre peuple d’une
richesse que la Nature a attribué à toute la nation algérienne et pas
uniquement à la caste que vous et vos maîtres de l’ombre avez constituée
autour de vous ?
Le gaz de schiste présent dans notre pays n’est pas votre
propriété privée, vous ne pouvez donc pas en disposer et l’utiliser
comme bon vous semble, comme vous le faites, Monsieur le Président.
Venons-en maintenant à l’aspect économique de la question. Aux
Etats-Unis, pays pionnier en ce domaine, nombre de compagnies ont
démarré voici plusieurs années une telle activité. Pour des raisons
purement économiques bien entendu, puisqu’il n’y a - nous le savons tous
- qu’un seul dieu qu’elles adorent, un dieu qui s’appelle Dollar. Or,
les dollars n’étaient pas au rendez-vous, en tout cas pas autant
qu’elles l’auraient souhaité. Pour une raison bien simple : les
découvertes qu’elles avaient faites ne constituaient pas des gisements
au sens où on l’entend habituellement ; ce ne sont que des poches de gaz
qui recèlent des quantités qui ne justifient pas les énormes
investissements qu’elles ont consentis pour les exploiter. Ceci est,
sachez-le Monsieur le Président, un phénomène normal et connu en la
matière, car la technique utilisée à ce jour ne permet de fracturer
qu’une zone limitée et de ne drainer donc qu’un volume relativement
restreint de gaz. Si l’on veut produire plus, il faudrait forer un
nombre beaucoup plus grand de puits horizontaux, donc plus compliqués et
plus chers, ce qui rendrait l’opération non rentable. Tant et si bien
que nombreuses sont celles parmi ces compagnies, qui avaient sollicité
des crédits bancaires pour lancer leurs opérations, qui aujourd’hui
éprouvent de grosses difficultés à honorer leurs engagements de
remboursement. Certaines ont dû tout simplement mettre la clé sous le
paillasson, cesser toute exploitation de gaz de schiste. Certains
experts disent même que cette histoire de gaz de schiste n’est, dans
l’état actuel des connaissances, qu’une opération purement spéculative,
une bulle qui finira par éclater un jour. Pourquoi, me diriez-vous
alors, voudraient-elles démarrer en Algérie, une activité similaire à
celle qui n’avait pas fonctionné comme elles l’auraient voulu chez
elles ? Elles pensent probablement, que la configuration géologique du
Sahara, la nature des roches qu’on y rencontre et la sédimentation
qu’elles ont subie durant plusieurs millénaires rendent les gisements
plus prolifiques qu’ils ne le sont dans les Montagnes Rocheuses du
Colorado ou dans les plaines de l’Oklahoma. Elles sont surtout
convaincues que la règlementation algérienne en matière d’écologie et
d’environnement – dans la mesure où il en existe une - est moins
contraignante qu’elle ne l’est aux Etats-Unis, ce qui rendrait rentable
l’exploitation. Et puis, elles savent, qu’en tout état de cause, un gros
paquet de dollars versés au compte du « parrain » du secteur, intronisé
par votre régime, permettra de régler la question. Enfin, la dernière
raison qui pousserait ces entreprises à venir exploiter notre gaz de
schiste est celle déjà évoquée plus haut, à savoir que l’Algérie
constituerait pour elles un laboratoire d’essais.
Quoiqu’il en soit, sachez Monsieur le Président, que les
techniques que l’on utilise jusqu’à ce jour pour extraire le gaz de
schiste en font une activité dévoreuse de capitaux. Il ne faut donc pas
s’attendre à ce que des milliards de dollars se mettent à pleuvoir sur
les caisses du Trésor algérien, comme on vous l’a fait peut-être
miroiter. On n’est pas aujourd’hui, comme on l’était en 1956, à la
veille de la découverte d’un nouvel Eldorado au Sahara. Aussi, vous
dirais-je que si ce qui motive votre décision c’est - comme je le
suppose - le fait que l’Algérie va se trouver très bientôt dans
l’impossibilité d’honorer ses engagements en matière de livraison de gaz
naturel au marché intérieur et à l’exportation, la parade est pourtant
simple.
Engagez, tout d’abord, Monsieur le Président, une lutte
impitoyable contre la corruption dans le secteur pétrolier, dans celui
de la construction des autoroutes ou celui des caisses agricoles et vous
économiserez immédiatement et au minimum, une bonne dizaine de
milliards de dollars par an, qui viendront compenser les pertes qui
résulteraient d’une éventuelle non livraison de gaz à certains clients.
Demandez l’avis de Chakib Khelil, de Amar Ghoul, de Amar Saâdani et
celui de votre frère Saïd sur la question, ils vous éclaireront
certainement plus que je ne peux le faire Entreprenez également et dans
les plus brefs délais une étude sérieuse du modèle énergétique que
devrait adopter l’Algérie. Vous constaterez que l’on y produit des
quantités de pétrole et de gaz qui ne sont nullement en adéquation avec
les besoins financiers réels du pays, qu’une énorme gabegie règne dans
ce secteur, que les recettes engrangées par les ventes d’hydrocarbures
ne sont qu’un grand cache-misère qui donne l’impression que les
Algériens vivent dans l’opulence, si l’on se réfère à la quantité et à
la variété des produits que l’on trouve sur le marché. L’essentiel et le
superflu, mais le tout entièrement manufacturé ailleurs. Vous parlez de
plans quinquennaux ? Faites alors en sorte que par une série de mesures
que vous adopterez dans le cadre de ces plans, une partie au moins de
ces marchandises soit produite dans le pays. Et puis posez-vous la
question, Monsieur le Président : l’Algérie est-elle condamnée à
demeurer ad vitam aeternam un simple fournisseur d’énergie ? Et même si
la réponse à cette question était « Oui », ce dont je doute
personnellement, n’existe-t-il pas dans le pays d’autres sources
d’énergie que les hydrocarbures, qu’ils soient conventionnels ou non ?
Quid par exemple de l’énergie solaire dans un pays dont les 4/5 de la
superficie sont inondés de soleil pratiquement 365 jours par an ?
A tous les Algériens : arrêtez la minuterie de cette bombe à retardement !
C’est maintenant à vous, mes compatriotes que je m’adresse.
C’est pour faire savoir à toutes les Algériennes et à tous les Algériens
quel sera le triste sort que réserve le régime en place aux générations
futures, que j’ai interpellé d’une manière aussi violente, dira-t-on
peut-être, le Président de la République. C’est animé d’une grande
révolte et avec une énorme tristesse sur le cœur que j’ai écrit ces
lignes. Encore que je n’ai pas décrit tous les dangers qui guettent
notre pays et notre peuple. D’autres que moi se sont exprimés sur la
question ces derniers temps ; il suffit simplement de lire ce qui a été
publié sur le sujet par la presse algérienne dans le courant de la
semaine écoulée pour se rendre compte que je n’ai nullement exagéré la
description de la bombe à retardement que le gouvernement vient de
planter au cœur du système hydrique de notre pays. Comme toute bombe à
retardement, ce n’est pas dans l’immédiat qu’elle explosera ; c’est sur
la durée que se feront sentir ses effets. Celle-ci est particulièrement
traîtresse et pernicieuse ; c’est petit à petit et par petites doses
presque imperceptibles qu’elle distillera son poison. Mais une fois
qu’elle aura entamé son processus de destruction, plus rien ni personne
ne l’arrêtera. Ce sera l’apocalypse, mais ce sera trop tard. C’est
pourquoi je dis à tous les Algériens que c’est maintenant qu’il faut
agir, c’est aujourd’hui qu’il faut empêcher qu’un tel crime soit commis
contre notre descendance, contre nos enfants, contre nos petits-enfants
et contre ceux qui arriveront plus tard. Je sais que les termes que j’ai
utilisés sont très durs et je sais que je prends des risques en
dénonçant de cette manière l’infamie que le régime s’apprête à accomplir
en notre nom à tous. Je sais que l’on va m’accuser de tous les maux et
de tous les vices de la terre. On les inventera s’il le faut. Je n’irai
pas jusqu’à dire comme Amar Saâdani que s’il devait m’arriver quelque
chose, c’est Tewfik ou quelqu’un d’autre qui en sera responsable. Je ne
pouvais cependant pas me taire, car je sais quelles seront, sur le long
terme, les conséquences de la décision prise lors de la dernière séance
du conseil des ministres. C’est pourquoi je dis aux Algériens, à tous
les Algériens, indignez-vous.
Faites des pétitions, faites des manifestations, faites en
sorte que le Président de la République renonce à cette fausse bonne
idée d’accorder son feu vert à l’exploitation du gaz de schiste.
Agissez de telle manière qu’il fasse ce qu’il a été poussé à faire en
2006 quand sous la pression à laquelle il a été soumis de toutes parts,
il a été amené à renoncer à mettre en vigueur la loi scélérate sur les
hydrocarbures de Chakib Khelil et ce malgré le soutien de la première
puissance mondiale. Je suis pour ma part fier d’avoir alors participé
par certains de mes écrits, pour une part aussi minime soit-elle, à la
victoire qui a permis au peuple algérien de préserver ses richesses en
hydrocarbures de la prédation par les multinationales pétrolières à
laquelle les avait condamnées cette loi.
Alors je vous dis, Algériennes, Algériens, unissez-vous,
obligez le pouvoir en place à renoncer à ce suicide collectif qu’il
cherche à nous imposer. Indignez-vous ! Indignez-vous ! Indignez-vous !
1. Voir « Sonatrach, 50 ans après », par
Hocine Malti, in mon blog sur Mediapart, in Algeria Watch, 22 décembre
2013, in El Watan, 23 décembre 2013 et autres.
2. Il s’agit, vous m’avez compris, des généraux janviéristes qui vous ont installé à la tête de l’Etat.
Par Hocine Malti
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