Samedi 19 juillet 2014
Un nouveau journal, Le Quotidien de Constantine, a invité M. Hamrouche
pour une rencontre avec l’assistance. Le conférencier a été retenu
durant trois heures ; il y a eu des questions sur la situation politique
et sur les outils et la démarche de sortie de crise.
L’Algérie se trouve dans une impasse et son existence est sérieusement
menacée, affirme Mouloud Hamrouche. «Notre pays, à l’instar des pays de
la région, de l’espace géopolitique qui est le sien, termine la phase
post-libération dans une situation de fragilité extrême et fait face à
des risques de grave déchéance», juge l’ancien chef de gouvernement,
invité jeudi soir à l’occasion d’une conférence-débat organisée à
Constantine pour expliquer sa vision de la situation et sa formule pour
rebondir et éviter l’effondrement de l’Etat.
Des prémices évidentes de l’effondrement sont d’ailleurs là, explique
M. Hamrouche : «Affaiblissement de la volonté nationale, baisse des
capacités d’agir, chute de l’autorité de la loi, affaissement de
l’éthique et de la solidarité, désaffection du citoyen vis-à-vis du
pouvoir, des partis et de la politique ; le citoyen ne vote plus, les
jeunes ne s’inscrivent pas sur les listes électorales, le gouvernement
n’est plus qu’une somme de ministres, la justice est sur la voie de la
privatisation ; dégradation du service public, distorsion économique et
association de la corruption à l’exercice du pouvoir risquent de mettre
en danger la cohésion de l’armée et menacer l’existence de l’Etat.»
Entre se résigner et agir, le chef des réformateurs choisit la deuxième
option, inspiré certainement de son passé d’ancien soldat de l’ALN et
des destins de valeureux Algériens, de Constantine et d’ailleurs, à
l’image de Mohamed Mechati, le dernier des «22» décédé il y a quelques
jours et auquel M. Hamrouche a tenu à rendre hommage, rappelant que le
regretté était, comme lui, natif de Constantine. La rencontre organisée à
l’initiative d’un nouveau journal, Le Quotidien de Constantine, a été
d’une grande qualité. L’assistance, de bonne facture, a retenu le
conférencier durant trois heures ; il y a eu une pluie de questions sur
la situation politique et sur les outils et la démarche de sortie de
crise. La salle n’était pas acquise d’avance, pas toute en tout cas.
Certains sont restés sur leur faim, voire sceptiques. Le conférencier
estime que la situation est «mortelle», mais qu’il existe une
possibilité de redressement, même si celle-ci est mince. Comment ? Sur
la base d’un nouveau consensus, explique-t-il, en ajoutant la condition
de l’adhésion populaire : «Un nouveau consensus national négocié avec
l’ensemble des composantes sociales de la société devient nécessaire.»
Mais est-il possible de construire quelque chose avec les acteurs de la
crise : l’armée, le pouvoir, les islamistes ? Est-il possible de compter
sur une classe politique incompétente et une société civile
désorganisée, se demandent légitimement des voix dans la salle. «Oui»,
répond le conférencier avec beaucoup d’assurance.
Imprégné de realpolitik, M. Hamrouche estime que le dialogue doit être
sans exclusive, faute de quoi il n’y aura pas de résultat ; que le
pouvoir ne partira pas, mais qu’il y a des chances qu’il accepte de
céder de bonnes parts de pouvoir et, enfin, que l’armée est peut-être le
problème mais qu’elle est aussi une partie de la solution. «Toute
construction de la solution ne peut se faire sans l’armée. Seule l’armée
peut assurer la sécurité du pays en ce moment.» Mais n’est-ce pas
reconnaître que le peuple est incapable d’assumer lui-même cette
transition ? «L’armée aura à accompagner le processus.
Les gens ont besoin de discipline, de confiance pour être rassurés, et
ce, pour éviter les dérapages», répond M. Hamrouche. Une idée que
personne parmi les nombreux intervenants n’est venu contester. Un début
de consensus : ce qui doit se faire doit l’être dans le calme.
Au sujet du contenu du consensus, M. Hamrouche mise sur l’édification
d’un Etat moderne, seul garant, selon lui, d’une régénération de la
nation en vue de s’assurer une place pérenne dans le monde
d’aujourd’hui. Explication du conférencier : «L’Etat moderne reflète un
ordre sociale général, il ne se dilue pas dans le gouvernement du moment
pour ne pas se couper du reste de la société.
Il doit s’appuyer aussi sur des pérennes administrations ; c’est un
Etat de Droit qui garantit une situation permanente de droit en tous
lieux et garanti un exercice effectif des libertés et des lois ;
l’émergence d’un contre-pouvoir est une condition sine qua non de la
stabilité de l’Etat, et le maintien de l’équilibre pour prévenir les
régressions et les tentations de domination.» L’Etat moderne est aussi
un Etat démocratique, car la démocratie est l’instrument qui garantit le
bon fonctionnement de l’Etat de droit, poursuit l’ancien chef de
gouvernement. Il est difficile pour tous de partager l’optimisme de M.
Hamrouche, mais dans la salle il y avait au moins un accord pour
reconnaître la gravité de la situation et l’imminence d’un effondrement
de l’Algérie.
«Nous ne devons plus accepter de vivre dans cette crise (…) Seules les
élites, notamment celles de la nouvelle génération, pourront par leur
volonté, leur résolution et leur réalisme faire face au délitement du
régime, éviter l’effondrement, vivre notre projet national dans un monde
globalisé. Ce n’est pas parce que notre pays n’est plus le même qu’il
ne peut plus s’assurer un destin», souligne avec conviction l’ancien
chef de gouvernement.
Nouri Nesrouche
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