Jeudi 14 aout 2014
Face à une éventuelle crise financière, la dépense publique ayant
atteint un niveau intolérable qu’il s'agit de rationaliser et
d’optimaliser, l’Algérie depense deux fois plus pour avoir deux fois
mois de résultats par rapport à certains pays similaires de la région
MENA.
Il
est important tout d'abord que notre pays se doit à tout prix d'éviter
l’expérience du rééchelonnement de 1994 avec des ajustements sociaux
douloureux intolérables.
Pour cela, entre autres, l’Algérie a besoin
d’un gouvernement resserré de combat composé de femmes et d’hommes
compétents d’une haute moralité et non de courtisans.
Il est entendu que
la réforme institutionnelle doit être sous tendue par des objectifs
stratégiques clairement définis et datés dans le temps à la fois
politique pour un Etat moderne tenant compte de notre anthropologie
culturelle (Etat de Droit-démocratisation, un consensus minimal qui ne
saurait signifier unanimisme) et économiques (aller vers une économie de
marché à vocation sociale qui doit être codifiée dans la nouvelle
constitution) comme facteur d’adaptation aux nouvelles réalités
mondiales où nous devrions assister entre 2015/2020 dans notre région à
de profonds bouleversements géostratégiques.
1.- Une situation difficile dans les années à venir
L’Algérie
pourra-t-elle continuer à fonctionner entre 2015/2020 sur la base d’un
cours de 110/120 dollars assistant à une dépense publique galopante avec
la dominance des emplois rentes ? La population active du moment, au
sens du BIT, a atteint en 2013 11 964 000 personnes, soit un
accroissement relatif de 4,7% par rapport à septembre 2012. La
population active féminine a dépassé deux millions de femmes (2 275 000)
formant ainsi 19% de l’ensemble de la population active. Selon l’ONS,
la structure de l'emploi par secteur d'activité est dominée par le
secteur tertiaire (commerce et services) qui emploie en 2012/2013 plus
de la moitié soit 59,8% des actifs, suivi du BTP avec 16,6% (près de 2
millions dont plus de 50% sont des catégories inferieures), l'industrie
(13%, donc 1,6 million avec la dominance du privé constitué en majorité
de PMI-PME) et l'agriculture (10,6%). Entre 2005 et 2012, nous avons une
croissance des effectifs s’élevant à 47% dans la fonction publique,
presque 2 millions en 2012, plus de 2,1 en 2013 après les derniers
recrutements dont 86% bénéficiant d’un statut de permanent, selon la
Direction générale de la Fonction publique. Mais si on s’en tient aux
statistiques du Cnas, qui prend également en compte les recrutés dans le
cadre du pré-emploi, la fonction publique algérienne totaliserait près
de 3 millions d’agents en 2013. Il y a lieu de préciser l’impact de la
création des nouvelles wilayas et ministères qui cumuleront les effets
dépensiers car le plus gros problème relève des effectifs dans la
fonction publique avec un faible niveau de qualification avec comme
effet direct l’accroissement du budget de fonctionnement la dépense
publique avec la création d’emplois dans les secteurs administratifs et
des emplois rentes au détriment de la création de la valeur ajoutée est
intenable. Le budget de fonctionnement a connu une augmentation de 378,9
milliards de dinars, comparativement aux dotations allouées dans la loi
de finances 2013. Aussi, les dépenses projetées par la loi de finances
PLF 2014 au cours officiel sont d’environ 100 milliards de dollars. La
hausse des dépenses par rapport à 2013 est de 11,3%. Cette croissance du
budget de fonctionnement est 3 fois plus rapide que celle du PIB
(annoncée à 4,5% mais les prévisions dans ce domaine ne sont jamais
réalisées depuis 2005). Pour la Banque d’Algérie, le poids de la dépense
publique a pris des proportions inquiétantes, passant de près de 45% en
2011 à 50% du PIB en 2012. Alors que ces ratios sont de l’ordre de 27%
au Maroc et 26% en Tunisie en 2011.
Selon
les experts, la nouvelle croissance des dépenses de l’Etat prévue en
2014 avec l’abrogation de l’article 87 bis et les nouvelles structures
administratives le cap des 50% du PIB risque fort d’être franchi fin
2014. Le déficit budgétaire prévu pour 2014 est estimé à un niveau
faramineux de 45 milliards de dollars qui risque d’être dépassé sauf
coupes budgétaires dans certaines rubriques. Dès lors, le prix du baril
de pétrole qui permet de financer les dépenses du budget de l’Etat qui
était en 2013 marqué par une plus grande « prudence » de 105 dollars,
pour 2014, devrait se situer entre 110/115 dollars.
Du
fait de la rigidité de l'offre, 70% du pouvoir d'achat des Algériens
dépendant des recettes d'hydrocarbures, il y a risque d'une hausse des
prix internes, c'est-à-dire l'accélération du processus inflationniste,
pénalisant les couches les plus défavorisées, compressée
artificiellement par les subventions qui ne peuvent être que
transitoires. Selon une étude du gouvernement, pour la période
2006-2011, les dépenses inhérentes aux rémunérations et aux transferts
sociaux ont accaparé 84% de la dépense budgétaire. La poussée récente
des importations, 55 milliards de biens et 12 milliard de dollars de
services, soit au total 67 milliards de dollars de sorties de devises en
2013, (ajoutons environ 7/8 milliards de transferts des capitaux) est
donc le fait à la fois des investissements massifs dans les
infrastructures et au niveau du secteur énergie mais de certaines
surfacturations (pas de contrôle, cotation administrative du dinar avec
un glissement, pour ne pas dire une dévaluation), mais également des
augmentations de salaires, notamment dans la fonction publique. Qu’en
sera-t-il en cas de chute du cours des hydrocarbures prévue entre
2015/2017 et pourra-t-on continuer dans ces dépenses improductives,
emplois rentes sans contreparties productives et subventions quitte à
épuiser le fonds de régulation des recettes et les réserves de change au
bout de quatre années en retournant au FMI horizon 2018/2020 ? Car si
la Libye l’Irak et l’Iran produisaient en fonction de leur capacité
réelle le cours du Brent fluctuerait entre 90/95 dollars et le WIT entre
80/85 dollars accélérant les tensions budgétaires en Algérie.
2.- Eviter les discours contradictoires par une cohérence gouvernementale
La
majorité des observateurs nationaux et internationaux constatent
malheureusement que même pour les affaires courantes, la majorité des
membres du gouvernement prennent peu d’initiatives , des bureaucrates
aux ordres, faisant remonter les problèmes même de gestions courantes
soit au niveau de la présidence de la république et surtout au niveau du
premier ministre dont d’ailleurs selon la Constitution actuelle les
prérogatives sont extrêmement limitées. Tout cela renvoie à l’urgence
d’institutions crédibles reposant sur la refondation de l’Etat au moyen
de mécanismes plus décentralisées qui renforceraient globalement la
cohésion globale. Dans la situation actuelle plusieurs ministères se
télescopent ajoutant au manque de visibilité et de cohérence.
Par
ailleurs, la fonction de ministre est d’être comme le montre les
expériences des pays développés et émergents avant au contact tant de la
sphère économique et sociale grâce à une communication active et
cohérente. Or la majorité des ministres ne savent pas communiquer, ne
savent pas vendre ce qui a été pourtant positif versant souvent dans
l’euphorie et la démagogie alors qu’une bonne communication suppose
d’être mesuré étant à l’ère d’Internet. La fonction principale d’un
Ministre est d’avoir une vision stratégique, de prévoir et d’agir en
conséquence pouvant s’entourer de bons techniciens et experts mais ne
devant jamais fuir ses responsabilités. Il est avant tout responsable de
la politique générale de son Ministère, et selon la déontologie
politique est responsable de toute action de ses collaborateurs positive
ou négative. Force est de constater une confusion des rôles, personne
ne se sentant responsable, certains ignorant ou faisant semblant
d’ignorer le fonctionnement de leur secteur. Et en cas de mauvaises
gestion ou de sandales financiers relatés par la presse ( renvoyant à
une justice indépendante) font retomber toute la responsabilité sur
leurs collaborateurs, expliquant d’ailleurs la démotivation de la
majorité des cadres. Or la responsabilité est collective.
Combien
d’expériences montent qu’un gouvernement n’est pas fait pour être
obligatoirement populaire mais doit avoir une vision stratégique
d’optimalisation de la fonction objective stratégique, pour notre cas
l’Algérie horion 2020 afin de réaliser la transition d’une économie
totalement rentière à une production et exportation hors hydrocarbures
de segments productifs au sein des valeurs internationales en déclin.
Certes, l’on doit concilier efficacité économique et une profonde
justice sociale mais sans populisme, une Nation ne partageant en
principe que ce qui a été préalablement produit, la rente des
hydrocarbures donnant des taux de croissance, de chômage et d’inflation
biaisés Or nous assistons à cette faiblesse de vision stratégique à
travers des contradictions dans la communication gouvernementale.
Récemment et seulement pour l’année 2014, combien n’avons-nous pas
assisté à des contradictions de discours. Pour m’en tenir au secteur
économique, l’on nous avait promis l’éradication de la sphère informelle
qui tend à s’étendre. Les contradictions sont perçues au niveau
international quant à la politique énergétique, aux réserves entre le
discours de l’ex PDG de Sonatrach et son Ministre de tutelle. Le
Ministre du commerce avance que sa mission est l’accélération de
l’adhésion de l’Algérie à l’OMC (du fait des incidences stratégiques
cela dépasse les prérogatives de son ministère engageant tout le
gouvernement) et quelques jours après se rétracte. Le ministre
d’Investissement qui annonce l’assouplissement de la règle 49/51% devant
le ministre des Affaires étrangères français et se rétracte quelques
jours après promettant la levée en 2020 et un code d’investissement
attractif : or, combien de codes l’Algérie a élaboré depuis
l’indépendance politique et toujours 98% d’exportation d’hydrocarbures,
vision juridique étroite loin des impératifs économiques soumis aux
mutations mondiales. Une Ministre courageuse qui annonce que l’école est
sinistrée comme le montre le dernier rapport mondial sur l’innovation (
2014) où l’Algérie est classé parmi les dix derniers et récemment le
ministre de l’Enseignement supérieur qui va dans le sens contraire.
3.- Pour de grands ministères
Privilégions
les intérêts supérieurs de l’Algérie, l’efficacité et non la
distribution de postes de Ministres s’assimilant à des récompenses au
moyen de la distribution de rente. Car, au moment où dans la majorité
des pays, la rationalisation des choix budgétaires se généralise,
l’Algérie continue à créer des emplois rentes-administratifs en
accroissant la dépense publique par la création de nouveaux ministères
et de nouvelles wilayas. D’où l’urgence de rationaliser la dépense
publique et notamment par un regroupement des ministères. Cette
réorganisation devient urgente pour des raisons d’économies de gestion
et d’efficience gouvernementale. L’État doit réduire son train de vie,
donner l’exemple de rigueur, éviter en cette période de crise des
dépenses inutiles de prestige sans impacts véritables sur le devenir
économique du pays et donc sur l’amélioration du pouvoir d’achat des
citoyens. D’ailleurs un regroupement des ambassades, excepté pour des
pays avec qui l’Algérie entretient d’importantes relations commerciales,
devrait rentrer dans cette réorganisation. A ce titre, je rappelle les
pistes que j’ai suggérées en 2007 (voir www.google.fr)
où seront présents en Conseils des Ministres pour plus d’efficacité que
les ministres et non les secrétaires d’Etat.: au ministère de
l’Intérieur et des collectivités locales( les services de sécurité après
une large concertation des différents segments, du fait de la
sensibilité de ce secteur devant être organisé à part) , devrait
s’adjoindre , l’Aménagement du territoire et l’environnement. Cela
suppose une autre organisation locale, notamment du rôle des walis par
la création de pôles socio-économiques régionaux socio-économiques
(régionalisation économique à ne pas confondre avec le régionalisme
néfaste) impliquant tant l’administration, les élus, les entreprises,
les banques, la société civile, les chambres de commerce et les
universités supervisés par un superwali, poste politique avec des walis
délégués avec le profil de manager (économistes, ingénieurs, juristes ,
évitant de puiser toujours dans l’école nationale d’administration).
Les
directions de wilayas qui sont budgétivores devront être regroupées en
adéquation avec ceux des ministères. Comme c’est en accordant la
priorité à la connaissance que les politiques publiques apporteront des
réponses à la pauvreté, à la fois rurale et urbaine, et surtout à
l’évolution du chômage par la création d’emplois et d’activités
génératrices de revenus, en particulier pour les groupes vulnérables,
notamment les femmes et les jeunes, je préconise un grand ministère de
l’Education nationale et de la recherche scientifique (la revalorisation
des compétences). Le ministère des Finances devrait être couplé avec le
ministère du Commerce et le ministère des Investissements avec ceux du
tourisme et l’artisanat, de l’Industrie, de la PMI /PME tout en lui
rattachant les Mines, segment stratégique de la relance industrielle,
(deux secrétariats d’Etat techniques,). Le défi majeur du XXIème siècle
étant celui de l’eau, dont celui du dessalement de l’eau de mer ( en
espérant pour ces unités une intégration de certains de ses composants
ce qui est possible) dont la base est le gaz , au ministère clef celui
de l’Energie, aller vers un MIX énergétique ne devant exclure aucune
option, il y aurait lieu de lui adjoindre celui des Ressources en eau
tout en impulsant l’industrie pétrochimique, en partenariat avec les
firmes internationales. Quant au ministère du Travail, logiquement il
devrait intégrer celui de la Formation professionnelle, de l’Emploi et
de la Solidarité nationale. Pour celui de la santé, il devrait inclure
toutes les caisses de sécurité sociale. Devraient également être
regroupés le ministère des Postes et des nouvelles technologies, de la
Culture et celui de l’Information, pouvant exister un porte-parole au
niveau du gouvernement pour l’information officielle. L’agriculture et
la pêche formeraient un tout, ainsi que les Transports, Travaux publics
et l’Habitat. Quant aux structures de la Jeunesse et des sports il
devrait être regroupé. Celui de la Promotion de la condition féminine,
de la protection de l’enfance, devront faire l’objet d’un traitement
particulier. Il est entendu que l’organisation des ministères de la
Défense, des Affaires Etrangères et de la Justice devraient faire
l’objet d’un large débat pour leur réorganisation.
Les
différentes agences chargées de l’investissement qui se télescopent et
qui sont loin d’avoir répondus aux attentes des pouvoirs publics malgré
de nombreux avantages accordés, (ANDI – emploi des jeunes etc.) devront
être rattachés à un seul ministère pour plus de cohérence. Concernant la
privatisation/participation en panne ,complémentaire à la
démonopolisation ( encouragement de l’investissement privé local et
international productif qu’il s’agit de ne pas diaboliser et donc
d’encourager ) qui serait un signe fort pour la communauté
internationale et les investisseurs potentiels, qui actuellement se
livrent à des actes marchands et des investissements non porteurs à
moyen et long terme misant pour leur paiement sur l’importance des
réserves de change, je propose de créer à l’instar des pays qui ont
connu une réussite, évitant qu’un ministre soit juge et partie (délits
d’initiés), une grande Agence des participations/privatisation
relativement autonome, ayant une mission transitoire composée d’experts
de haut niveaux, soit l’égide du chef de gouvernement .
En
résumé, la nouvelle constitution doit trancher entre régime
présidentiel- semi présidentiel ou parlementaire , il serait souhaitable
outre de limiter le nombre de mandats, de dynamiser les institutions de
contrôles politiques (parlementaires) et techniques dont la Cour des
comptes qui relève selon les textes en vigueur de la présidence car les
effets de l’inspection générale des finances relevant d’un ministère
étant forcément limités. A cet effet, comme l’on s’orienterait vers un
régime semi-présidentiel , l’actuel étant un régime super présidentiel,
il y a lieu impérativement de renforcer les prérogatives du chef du
gouvernement ou du premier ministre notamment sur les ministères
économiques, prévoir la création de grands départements au niveau de la
présidence de la république composés des meilleurs éléments, chargés de
la conception et du suivi, les ministres étant chargés d’exécuter. Et
surtout avec l’effritement du système d’information, avec des données
contradictoires d’un Ministère à un autre, la priorité devant être
donnée à la création dune structure stratégique un département de la
planification et de la prospective, structure indépendante afin d
‘éviter la manipulation des données à des fins politiques, relevant soit
du chef du gouvernement ou du président de la république , les plus
grands planificateurs-entendu management stratégique- étant les firmes
internationales.
Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des universités, expert international
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