Lundi 27 octobre 2014
La justice italienne, pour qui les liens entre Chakib Khelil et
l’ancien patron de l’Eni, Scaroni, sont désormais évidents, relancera
les auditions début novembre et sollicite la collaboration de son
homolgue algérienne pour la suite de l’enquête.
Rome
De notre correspondante
Le sort de l’ancien administrateur délégué de l’ENI, Paolo Scaroni, et
celui de l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, sont scellés.
Les juges milanais sont convaincus qu’une grande partie de l’argent
versé aux Algériens a été récupéré par l’ancien patron de l’ENI.
D’anciens dirigeants de Saipem seront interrogés probablement le 3
novembre prochain.
Les magistrats du pôle anticorruption ont lancé huit commissions
rogatoires adressées aux autorités des pays suivants :
Algérie, Suisse,
Luxembourg, Abu Dhabi, Liban, France, Hong Kong et Singapour. Les
investigateurs italiens sont certains que la société-écran Pearls
Partners, appartenant au neveu de l’ancien ministre des Affaires
étrangères Mohamed Bedjaoui, n’était en réalité qu’une caisse noire par
laquelle transitait l’argent des pots-de-vin généreusement versés par
les dirigeants de Saipem (la filiale dont l’ENI détient la majorité des
actions) aux responsables de Sonatrach et aux fonctionnaires algériens,
entre 2007 et 2010, pour décrocher sept contrats d’une valeur totale
de 11 milliards d’euros.
Ces sommes faramineuses, estimées à 198 millions d’euros, ne seraient,
selon l’enquête, qu’un trésor caché que l’ancien n°1 de l’ENI aurait
dissimulé dans différents paradis fiscaux pour pouvoir le récupérer par
le biais d’un fonds privé, The Paolo Scaroni Trust. C’est cet organisme
financier directement lié à Scaroni, à son épouse et à ses descendants,
qui intéresse les enquêteurs.
Les juges Fabio De Pasquale, Giordano
Baggio et Isidoro Palma ont présenté, la semaine dernière, une demande
au juge chargé de l’enquête préliminaire, Alfonsa Ferraro, pour les
autoriser à interroger deux anciens dirigeants de Saipem, Pietro Varone
(directeur des opérations) et Tullio Orsi (ancien directeur de Saipem
pour l’Algérie). Des interrogatoires qui seront retenus comme preuves
lors du procès.
7 dirigeants de l’ENI poursuivis pour corruption
Rappelons que sept dirigeants de l’ENI et de Saipem sont poursuivis
pour le délit de corruption internationale ainsi que le groupe pétrolier
ENI (Ente Nazionale Idrocarburi) et Saipem. Scaroni, qui a été écarté
de la gestion de l’ENI après presque une décennie durant laquelle il
aurait savamment préparé le futur de sa famille et de ses proches grâce
aux pots-de-vin encaissés par des subterfuges complexes et difficilement
traçables, est au centre de l’enquête du tribunal de Milan. Les
magistrats du pôle anticorruption ne donnent qu’une importance relative
au rôle du golden boy algérien Farid Bedjaoui, trop inexpérimenté, selon
eux, pour gérer les centaines de millions d’euros qui ont transité
entre les mains des dirigeants de l’ENI et ceux de Sonatrach durant la
décennie passée.
En fait, Bedjaoui ne serait qu’un «transporteur» de fonds qui aurait
prêté son nom et celui de ses collaborateurs pour aider deux
gros prédateurs rompus aux mécanismes financiers complexes qui
permettent de cacher des fortunes aux quatre coins du monde. Il s’agit
de Scaroni et Chakib Khelil. L’ancien patron de l’ENI se serait servi de
son trust, fondé en 1996 en Grande-Bretagne, pour placer dans
des investissements sûrs le capital détourné. Les fonds ayant transité
par ce trust ont ensuite bénéficié d’une loi d’amnistie fiscale que le
gouvernement Berlusconi, homme politique très proche de Scaroni, avait
promulguée, ce qui a permis à l’ancien n°1 de l’ENI de rapatrier un gros
patrimoine financier non déclaré en payant une taxe dérisoire d’à peine
7%. Cet argent blanchi a été réinvesti dans une société immobilière,
Cortina SRL, qui appartient à 100% à Scaroni, selon ce que le quotidien
économique Sole 24 Ore indique.
Scaroni et khelil : Les cerveaux de l’affaire
Cette même agence appartenait au trust Scaroni, au moins jusqu’en
2008. Les avocats de l’ancien patron de l’ENI ont souligné que ce fonds a
été alimenté par les rémunérations dont Scaroni a bénéficié durant les
années où il travaillait à l’étranger. Alors, pourquoi ce trust a-t-il
été fondé et avait son siège dans le paradis fiscal de l’île de
Guernesey, dans le canal de la Manche, pour être ensuite transféré aux
Etats-Unis, se demandent les enquêteurs. Rappelons que c’est grâce aux
confessions de Pietro Varone, dirigeant de Saipem, que l’on en sait plus
sur le scandale Sonatrach-Saipem. Ce dernier avait accusé Scaroni
d’être le cerveau de cette opération de mégacorruption. Pour se
défendre, l’ancien patron de l’ENI avait affirmé ne pas connaître Varone
et s’était dit «fier d’avoir obtenu son licenciement».
Mais, en avril dernier, un tribunal italien a déclaré abusif son
licenciement et a condamner Saipem à l’indemniser avec la rondelette
somme de 1,2 million d’euros.Scaroni a-t-il voulu faire porter le
chapeau à Varone, comme Chakib Khelil veut le faire porter à Farid
Bedjaoui ? En attendant de trouver une réponse à cette question, les
juges milanais comptent beaucoup sur la collaboration des autorités
internationales interpellées, surtout les algériennes.
Ces dernières vont-elles autoriser les juges du tribunal d’Alger à
communiquer à leurs homologues italiens les informations dont ils
disposent ? Un véritable test de crédibilité pour l’Algérie, qui
permettra de jauger la sincérité et le sérieux du gouvernement algérien
dans la lutte contre la corruption.
Nacéra Benali
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