Dimanche 15 décembre 2014
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| Le clan au pouvoir. |
Cette contribution est une actualisation du papier publié dans ce
journal avant la chute des cours du prix du pétrole (Que sera l’Algérie
dans cinq ans ?)(1).
De nombreux citoyens algériens se
demandent si on n’a pas d’ores et déjà atteint le point critique au
niveau de la détérioration du climat politique, économique et social.
Est-ce que les mensonges grossiers des médias contrôlés par la
nomenklatura et le mépris de ‘la caravane qui continue à piller le pays
sans que les chiens n’aboient’ vont continuer ? Que nous cache-t-on ?
On est tenté de prendre du recul et de
faire le parallèle entre les politiques de Chadli et de Bouteflika parce
qu’on y décèle plusieurs similarités très inquiétantes. On a
l’impression que l’histoire se répète avec des feuilles de route écrites
en dehors de tout Smig démocratique de bonne gouvernance. On y trouvera
les recettes classiques de sabotage: recours à l’économie informelle,
destruction de l’outil national de production, importations massives non
justifiées, chômage, déliquescence de l’école, gaspillage, corruption
généralisée, contrebande, etc.
Chadli a commencé son mandat avec un
prix du pétrole à 30 dollars/bbl. Il a invoqué le slogan "pour une vie
meilleure" pour booster les importations qui ont contribué à
approvisionner les circuits de contrebande des Hadj Bettou and co. La
suite, nous la connaissons tous. Le pétrole chute en 1986 à moins de 10
dollars/bbl et la révolte s’installe dans nos rues deux ans plus tard
parce que l’Algérie était incapable d’importer du blé. Avec le recul, on
voit que tout avait été fait pour créer une crise financière majeure
dans le but de mettre l’Algérie sous la bannière des Salafistes.
Bouteflika a une approche plus élaborée
qui suit un cheminement stratégique et s’appuie sur une maffia
internationale en col blanc pour sa mise en œuvre en se faisant financer
par la corruption. Il recrute son ami d’enfance, Chakib Khelil, pour
lancer le chantier de privatisation de l’Entreprise Sonatrach. Cet
Américain retraité de la Banque Mondiale, non inculpé à ce jour par les
justices algériennes, italiennes et américaines malgré l’accumulation
des preuves de corruption, se débarrasse des cadres compétents et
intègres pour imposer un management de truands fichés, sous la
coordination de son parent Réda Hamèche, petit délinquant fiché lui
aussi par la police marseillaise, preuve que la voyoucratie avait pris
en main l’avenir de l’Algérie et que le DRS avait déjà les mains liées.
L’objectif clairement affiché de déstabilisation de la Sonatrach n’a pas
changé puisqu’elle est, à ce jour, dirigée par un PDG et quatre
vice-présidents sans nominations conformes à ses statuts et que sa
filiale londonienne entièrement autonome, Sonatrach Petroleum
Corporation, alimente toujours des comptes privés en Suisse malgré les
menaces du fisc anglais. Circulez, il n’y a rien à voir, Sonatrach est à
nous.
Dans les deux cas, les actions de
sabotage s’inscrivent dans la durée, soutenues par des lignes politiques
immuables que tout le monde connait mais qui restent un sujet tabou,
notamment depuis que la maffia politico-financière a pris le contrôle
total des médias. La "loi du silence" est l’essence même d’un milieu
mafieux. En fait, nous subissons une approche économique suicidaire qui
est dans le prolongement, et c’est le côté le plus inquiétant, d’une
politique machiavélique de long terme visant à désarmer la société
algérienne face à un après-pétrole incontournable, notamment en
détruisant l’école, l’intégrité des institutions, l’agriculture, la
production nationale etc...
Les résultats de cette politique sont
déjà là: l’Algérie n’a pratiquement plus d’institutions, plus de
démocratie, tout le pouvoir est entre les mains d’un autocrate fantôme
qui repose sur un parti dirigé par un voyou affairiste. Incapable de
s’adresser à la nation, la famille Bouteflika légifère et dirige toute
seule le pays à coup de décrets sous le regard approbateur des
décideurs. Elle va bientôt nommer les chefs de gare pour que les trains
arrivent à l’heure. Les instruments de cette gouvernance maffieuse sont
nombreux. On citera le contrôle de la communication et des organes de la
justice, la coercition qui cible les vrais opposants et toutes les
actions de manipulation facilitées par la passivité de la population
nourrie au biberon de la rente, sans oublier l’adhésion silencieuse des
islamistes (qui attendent d’hériter du pays) à ce programme de
destruction planifiée.
La politique d’import-import a annihilé
tout effort d’investissement et de création d’emplois. La famille
régnante se soigne sans complexes dans les hôpitaux militaires de leurs
parrains étrangers, preuve de leur allégeance totale. Leurs enfants sont
employés en Europe par des multinationales et des Banques qui ont des
intérêts en Algérie (la liste qui est longue commence par le Chef de
gouvernement). Les cadres complices les plus actifs et les plus gradés
de la nomenklatura savent tout cela. Prudents, ils ont déjà transféré
leur famille et leurs avoirs mal-acquis à l’étranger en prévision de
l’apocalypse. Ils s’enrichissent illégalement en planant au-dessus des
lois et en traitant le peuple avec mépris. Un seigneur du clan
Bouteflika va jusqu’à publier un placard dans les journaux pour
annoncer, sans pudeur, la naissance de son prince héritier à l’hôpital
américain à Paris. Sans surprise, il est élu Président du FCE.
En fait, tout le pouvoir exécutif a été
placé sciemment entre les mains d’un dictateur d’origine marocaine qui,
connaissant parfaitement la précarité qui attend l’Algérie, prête de
l’argent au FMI, brade les maigres richesses du sous-sol à ses associés
étrangers, efface les dettes des Etats africains, sous-traite à des
intermédiaires ignares des pays du Golfe, en gré à gré, l’acquisition de
technologies occidentales, autorise les transferts de capitaux privés à
l’étranger et s’offre le luxe de placer à la tête du FLN un voyou
affairiste né en Tunisie, immatriculé comme résidant en France et
suspecté en Algérie d’avoir détourné l’équivalent en dinars d’un
demi-milliard de dollars.
A l’échéance de chaque mandat
présidentiel, l’Algérien lambda s’attend à un changement d’équipe sans
trop d’illusions sur d’éventuelles réformes. Pourtant, la succession
d’affaires scandaleuses et impunies à ce jour aurait dû éveiller ses
soupçons. L’absence du débat démocratique, de transparence, le déni de
justice, la dégradation de l’éducation restent des constantes du régime
en place.
Les prix élevés du pétrole ont permis
d’arroser tous les acteurs qui comptent et de construire une forme
d’immunité autour de Bouteflika, personnage principal du complot qui se
prépare contre l’Algérie. Le réseau des serviteurs complices ou
manipulés est en place, du chef de daïra au wali, du PDG au Ministre de
tutelle, sans oublier les députés affairistes, les responsables des
institutions, les zaouïas, les opposants virtuels et les hommes
d’affaires privés qui touchent leur part du gâteau. Apparemment,
personne ne fait le poids face à cette toile humaine au-dessus des lois.
Cette dictature affichée va protéger les
vrais décideurs cachés derrière le rideau, de l’au-delà s’il le faut,
dans la mesure où on lui fera porter la responsabilité de tous les maux
du pays et, notamment, les délits les plus graves connus des cercles
initiés qui n’ont toujours pas fait l’objet de révélations publiques. Il
est clair que, pour ces décideurs, Bouteflika doit impérativement
mourir sur son trône car c’est leur seul alibi.
Cette politique arrogante et
provocatrice, suicidaire à long terme, a été encouragée et même portée
par des parrains nationaux et étrangers très puissants. Aucun opposant
politique n’a osé mettre en avant les actions de trahison et de
planification du chaos algérien, bien connues par les proches du clan
présidentiel qui ont déjà pris leurs dispositions pour s’expatrier. Il y
a une vérité que même l’opposition refuse de voir: Bouteflika, le Chef
de la maffia, n’est pas un simple voleur. C’est avant tout un traître
qui a accepté de participer, probablement par vengeance personnelle, à
la destruction de l’Algérie.
Le constat de l’existence d’un complot,
cohérent et actif depuis au moins deux décennies, qui vise à plonger
notre pays dans un chaos (où nous ont déjà précédé tous les pays
nationalistes non alignés sur l’axe israélo-américano-wahhabite) n’a
jamais été percé au grand jour par nos analystes. Les milieux
intellectuels algériens se focalisent, pour la plupart, sur les affaires
de corruption et ne voient donc que la partie émergée de l’iceberg du
mal algérien. On les comprend, ceux qui sont encore libres de
s’exprimer, se rassurent quelque peu en optant pour la piste maffieuse
et refusent de voir l’insoutenable vérité, celle de la haute trahison au
sommet d’un Etat dirigé apparemment par des personnages ayant double ou
triple nationalité, des marionnettes au service de l’Oncle Sam et de
son exécutant, ancien colonisateur qui a une revanche à prendre, et tout
cela sous le regard accommodant de ceux qu’on nommait les gardiens du
temple.
Bien sûr, on ne peut pas s’empêcher de
faire aussi le parallèle avec d’autres dictateurs. Moubarak à la demande
de Bush a vendu du gaz subventionné à Israël, Bouteflika prélève le gaz
vendu à long terme aux Européens pour le céder contractuellement à un
prix symbolique à ses amis arabes, il achète en Take or Pay en devises
fortes de l’électricité à des étrangers qui ont construit des centrales
facturées trois fois le prix de marché! Ceci n’est plus de la simple
corruption, ce sont des actes de haute trahison qui ont nécessité la
mise en place d’une longue chaîne de complicités au niveau des
différents responsables judicieusement sélectionnés et nommés à cet
effet par le Roi Bouteflika en personne.
La justice égyptienne des généraux vient
d’acquitter Moubarak d'accusations de trahison dans le cadre de la
vente de gaz naturel égyptien à Israël. Pour faire oublier les pots de
vin de Sawiris et les opérations financières illicites, Bouteflika se
montre généreux et s’engage à faire livrer du GNL à l’Egypte qui n’a pas
encore d’installations pour le réceptionner. La France ferme les yeux
sur les opérations illégales de blanchiment d’argent des responsables
algériens. La Grand Bretagne livre Khalifa. Qu’à cela ne tienne,
Bouteflika, qui n’est pas ingrat, a envoyé son Chef de gouvernement dans
ces pays pour y signer des contrats en retour (c’est curieux, cette
nouvelle manie de signer des accords en gré à gré chez l’heureux élu !).
Les juges milanais n’inculpent pas Farid Bedjaoui, Hamèche et Chakib
Khelil ; l’Algérie sauvera des emplois en Italie et en France.
Tous les dossiers de justice et les
enquêtes en rapport avec les membres du clan présidentiel qui sont gelés
depuis cinq ans vont être bientôt soldés par une grâce présidentielle.
On prétend que les loups ne se mangent pas entre eux.
Les masques sont tombés avec la décision
d’élire un homme très malade. Cette réélection confirme l’imminence de
l’aboutissement du plan (bis) de déstabilisation de l’Algérie (après
celui qui a échoué sous Chadli grâce à la mobilisation de la société
civile). Il était devenu clair que ceux qui sont derrière cette
réélection bénéficient d’informations privilégiées et qui est mieux
placé que les Américains pour anticiper la chute des prix internationaux
du pétrole et la baisse de production d’hydrocarbures de l’Algérie ?
Cette baisse de production a été
confirmée par Zerguine, ex-PDG de Sonatrach qui avait annoncé à la
presse que les gisements d’hydrocarbures sont en "déclin" et les
réserves "modestes" (cela lui a-t-il coûté son poste ?).
On tente de nous rassurer, mais nous
savons tous que le Fonds de régulation des recettes fondra comme neige
au soleil avec la baisse des prix du pétrole –prévue depuis des années
par l’OPEP- et que la crise algérienne va s’aggraver avec les baisses de
production d’hydrocarbures. Quand l’argent du pétrole ne suffira plus à
acheter la paix sociale, la violence s’installera dans nos rues et on
retombera à nouveau dans la situation de 1988. L’histoire se répète mais
les perspectives économiques à moyen terme sont beaucoup plus
préoccupantes que celles de 1986 car nous allons, cette fois-ci, faire
face à un problème de réserves. Plus grave encore, à 50$/b, les gaz de
schiste et les gisements off-shore ne pourront pas être développés et on
sera confronté à une crise financière aggravée d’une crise énergétique.
Il est clair que les décideurs, derrière
leur rideau, ont été surpris par la baisse brutale des prix du pétrole
qui va sans nul doute bousculer le timing des évènements. Le clan
présidentiel, quant à lui, cherche à sauver les meubles en essayant de
contenir les menaces, mais tout indique que c’est la débandade. Le Roi
fait libérer les complices proches encore inculpés et autorise les
transferts de capitaux vers l’étranger. C’est la preuve que l’on assiste
à un début de fin d’un règne. Le Roi est nu. Il ne pourra plus soutenir
les dépenses fastueuses et négocier de nouvelles opérations de
corruption. Bref, il n’y aura plus de rente à partager et ses complices
vont commencer à prendre peur et à faire attention à leurs actes. Les
membres de la confrérie savent qu’il n’y aura pas de places pour tous
dans l’Arche de Noé qui est réservée uniquement aux éléments de la
cinquième colonne, déjà munis de "papiers" dûment visés.
Il est de plus en plus clair que les
derniers masques vont tomber et que les plans de succession conçus de
longue date dans un climat d’aisance financière ne seront plus
applicables. Les rats bien engraissés vont bientôt quitter le pays pour
rejoindre leurs enfants et leurs biens mal-acquis. Lorsque le baril de
pétrole atteindra 50 dollars, ce qui ne saurait tarder, les loups vont
commencer à s’entretuer.
Que peut-on faire ?
Plusieurs pays, riches ou pauvres, ont
déjà fait l’objet de manœuvres de déstabilisation exécutées sans
préavis, créant un effet de surprise et semant le désarroi au niveau des
populations.
L’élément de surprise dans le cas de
l’Algérie, c’est l’épuisement sur dix ans des réserves d’hydrocarbures
et la baisse drastique des revenus d’exportation accélérée par la
croissance de la consommation énergétique. Les décideurs, pensant
bénéficier d’un délai d’une dizaine d’années, ont joué la carte du pays
riche qui dépense sans compter et qui se permet le luxe de prêter aux
riches et de sauver des industries en Europe. Probablement manipulés,
ils étaient convaincus de continuer à bénéficier d’une aisance
financière qui leur donnerait au cours de ce 4eme mandat largement le
temps d’organiser une succession «consensuelle» et de changer
progressivement de modèle politique et économique (Califat, charia,
bazar). La dégringolade forte et brutale des prix du pétrole, qui va
s’inscrire dans la durée, va annihiler tous les plans arrêtés depuis des
années. Il ne sera plus question d’amender la constitution pour
désigner le futur Président non élu qui terminera le mandat de
Bouteflika car il y aura moins de candidats au suicide. Bouteflika
accepte de distribuer (inégalement) la richesse mais il n’est pas enclin
à partager la misère. On ne sera pas surpris d’apprendre qu’il a
rejoint, de nuit, ses palaces en Suisse (en été)ou au Qatar (en hiver)
pour visionner à la télé les affres du printemps algérien, fier d’avoir
accompli la mission, là où Chadli a échoué. Attention, danger ! L’alibi
risque de se tirer !
Les complices islamistes très actifs et
largement bénéficiaires du partage de la rente de l'import-import, vont
commencer à sortir de leur réserve pour réclamer des élections où ils se
présenteront comme la seule relève "intègre". L’assassin Madani Mezrag
est autorisé à organiser le retour de ses troupes alors que d'autres
menacent de recourir à la partition du pays pour échapper au salafisme.
Le défi majeur de l’Algérie, c’est
l’instauration d’une démocratie véritable et le recours à un modèle
économique qui nous permettra de gérer l’après-pétrole. Les
recommandations en ce sens relèvent du bon sens: il faut récupérer
l’école et former des ressources humaines compétentes, promouvoir notre
potentiel agricole, encourager le développement d’industries
stratégiques et des services adéquats créateurs d’emplois et surtout
redonner l’espoir à nos jeunes. Il est urgent de sevrer le peuple de
l’assistance aléatoire de la rente pétrolière et de le réveiller avant
le choc créé par l’interruption brutale des importations, pour éviter
une guerre civile et une partition du pays. C’est un problème de
sécurité nationale et de survie de l'Algérie entière.
Mais pour tout cela, il y a un prix à
payer que le peuple va exiger avant d’accepter de se serrer la ceinture:
il faut lui rendre justice en faisant la lumière sur tous les scandales
et les actes de corruption et de trahison du clan présidentiel et de
leurs complices cachés derrière le rideau. Les crimes de corruption sont
imprescriptibles et régis par des accords internationaux. Il faudra
juger et condamner ces criminels afin de rapatrier les milliards qui ont
été volés.
Un seul slogan : "Bouteflika, dégage", faute de quoi l’Algérie ira rejoindre la liste des pays qu’on a décidé de détruire.
Sid Kaci
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