Mardi 16 décembre 2014
L’armée vient de réagir. Elle le fait, comme de tradition, à travers sa
revue, El Djeïch dans son dernier numéro, le 617 de décembre 2014, paru hier
lundi. L’organe central de «la grande muette», et à travers une tribune
intitulée «Non à la mystification», répondra clairement à certaines voix de
l’opposition, particulièrement Mouloud Hamrouche, Sid Ahmed Ghozali, Ali Yahia
Abdenour, en tout cas tous ceux qui ont sollicité, d’une manière ou d’une autre,
une intervention de l’ANP dans l’arène politique.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Sans pour autant nommer les uns et les
autres, ce commentaire de la haute hiérarchie militaire, signé par «la
rédaction» de la revue, traite, en filigrane, du sujet de la maladie de
Bouteflika et de toutes les parties qui réclament l’application de l’article 88
de la Constitution, des présidentielles anticipées ou toutes autres initiatives
politiques liées à cette question qui divise le pouvoir et l’opposition.
«A la
lumière des tensions et de l’instabilité régnant dans la région, l’Algérie reste
confrontée à de nombreux défis et enjeux sur le plan militaire et sécuritaire
qui nécessitent la cohésion, l’entraide et l’unité, de proposer les solutions
idoines aux problèmes auxquels est confrontée l’Algérie au lieu de recourir aux
gesticulations, aux mystifications et à l’exagération dans le but de provoquer
des crises, de falsifier la réalité à tous les niveaux», y liton sous la plume
du commentateur autorisé du ministère de la Défense nationale. D’ores et déjà,
l’on peut noter que le ton n’est pas du tout tendre à l’égard de l’opposition.
Mais ce ne sera pas tout puisque l’on passe immédiatement à une mise en garde
sèchement assénée : «Au-delà, poursuit le commentaire d’El Djeïch, certaines
parties sont allées jusqu’à inciter à la sédition en des termes clairs et
francs. Cela n’est-il pas contraire aux lois et aux usages politiques ?»
L’accusation est lourde et la menace qui suivra l’est tout autant.
Sous la forme
d’un «conseil», l’armée s’adressant à l’opposition, enjoindra expressément,
c’est le mot, ce qui suit : «Aussi, il convient à ces derniers de respecter les
institutions de l’Etat, et à leur tête l’ANP, de préserver sa stabilité, sa
cohésion et son unité, de s’abstenir d’essayer de l’impliquer dans les questions
politiques qui ne sont pas de sa compétence et de ne pas tenter d’exploiter son
attachement à ses missions constitutionnelles dans le but d’écorner la
légitimité des institutions de l’Etat.» Ici, il est clairement question du
mandat de Abdelaziz Bouteflika.
C’est d’autant plus clair comme allusion qu’on
lit, juste après cette autre précision : «Malgré les tentatives de certaines de
ces parties, qui sont le reflet d’ambitions personnelles nourries par des idées
totalement étrangères à l’histoire, à la géographie, et à la réalité de
l’Algérie, des idées véhiculant des aspirations qui, avec le temps, se sont
transformées en rêves illusoires qu’elles cherchent à concrétiser par
procuration, l’ANP demeurera consciente des défis et des risques, attachée à
l’accomplissement de ses missions dans le respect des lois et règlements.»
Les
mots , ici, sont si particulièrement choisis qu’il est difficile de ne pas
penser à Mouloud Hamrouche par exemple : «Des aspirations qui se sont
transformées en des rêves illusoires qu’elles cherchent à réaliser par
procuration.» Cela rappelle également la fameuse lettre de Abdelaziz Bouteflika
au lendemain d’une sortie publique de l’ancien chef du gouvernement au cours de
la période extrêmement tendue qui avait précédé l’annonce de sa candidature pour
le quatrième mandat.
Bouteflika, à travers Gaïd Salah et donc le MDN via El
Djeïch conclut cette «tribune en ciblant des «personnes» et en ayant recours au
thème phare de ce quatrième mandat, «la stabilité». Carrément, il y est écrit
que «de même que la conjoncture qui prévaut à notre environnement immédiat, nous
impose l’unité, la conjonction des efforts, le rejet de la division et de faire
prévaloir l’intérêt supérieur de la nation au détriment des ambitions
personnelles, des intérêts étroits». Une fin de recevoir assez ferme, en somme.
K. A.
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